Longtemps perçu comme un simple indicateur environnemental, le bilan carbone est aujourd’hui un outil d’aide à la décision stratégique lorsqu’il est intégré à une analyse des risques et des dépendances économiques. Il ne se limite plus à mesurer des émissions de CO₂. Il permet d’identifier les principales dépendances du modèle économique aux émissions de gaz à effet de serre, notamment celles liées aux achats et à la chaîne d’approvisionnement.
Or ces facteurs influencent directement la rentabilité et la pérennité d’une entreprise via les coûts d’exploitation, la volatilité des prix de l’énergie, les contraintes réglementaires et les exigences des clients et financeurs. Une hausse des coûts énergétiques, une évolution réglementaire ou un changement d’attente des clients peuvent fragiliser un équilibre financier.
Cependant, mesurer ne suffit pas. Encore faut-il déterminer quels enjeux sont réellement prioritaires, lesquels représentent un risque financier et lesquels constituent une opportunité de développement.
Comment identifier les risques et opportunités qui comptent vraiment pour votre entreprise ?
Pour y répondre, l’analyse de double matérialité apporte un cadre clair. Elle croise deux dimensions complémentaires : l’impact de l’entreprise sur son environnement et l’impact de cet environnement sur sa performance.
Bilan carbone : à quoi sert-il réellement ?
Avant d’aller plus loin, il convient de rappeler ce que recouvre concrètement un bilan carbone.
Un bilan carbone consiste à mesurer l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre générées par l’activité d’une entreprise. Il prend en compte les émissions directes, celles liées à l’énergie, ainsi que les émissions indirectes associées aux achats, aux transports ou aux déplacements.
Toutefois, son intérêt dépasse la simple quantification des émissions en fournissant une base d’analyse des risques et des leviers d’action. En réalité, il met en évidence les postes les plus exposés aux évolutions économiques, réglementaires, énergétiques et sectorielles.
Ainsi, le bilan carbone offre une lecture opérationnelle des flux physiques du modèle économique (énergie, achats, logistique) et de ses dépendances carbone. Il révèle les vulnérabilités structurelles, qu’il s’agisse de risques de transition ou de risques physiques liés aux ressources et au climat.
Double matérialité : comprendre ce qui compte vraiment
Dans cette logique, la double matérialité va au-delà de la seule mesure des émissions en intégrant l’ensemble des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance.
Son principe repose sur deux questions :
- Quels impacts mon entreprise a-t-elle sur l’environnement et la société ?
- Quels enjeux environnementaux et sociaux peuvent impacter ma performance financière ?
Autrement dit, il s’agit d’analyser à la fois l’impact sortant et l’impact entrant.
Cette approche est au cœur de la directive européenne CSRD, qui renforce les obligations de reporting de durabilité fondées sur la double matérialité. Même si toutes les PME ne sont pas directement concernées, les attentes des donneurs d’ordre, des partenaires financiers et des investisseurs évoluent rapidement.
La double matérialité permet ainsi de hiérarchiser les sujets réellement structurants : risques financiers liés à la transition écologique, points de fragilité critiques, évolution des attentes clients ou opportunités d’innovation.
Elle évite surtout de disperser les efforts en concentrant les ressources sur les enjeux prioritaires.
Bilan carbone et performance économique
Concrètement, relier environnement et performance financière change la perspective.
On oppose encore trop souvent écologie et rentabilité. Pourtant, dans la pratique, les deux sont étroitement liées.
Dès lors, le bilan carbone ne constitue plus un simple diagnostic environnemental ; exploité dans une démarche stratégique, il devient un outil structurant d’aide à la décision. Il éclaire les choix d’investissement, sécurise les orientations stratégiques et renforce la résilience de l’entreprise.
En effet, identifier ses zones d’exposition permet d’agir concrètement : réduction des coûts énergétiques, optimisation des achats, sécurisation de la chaîne d’approvisionnement, adaptation de l’offre et mobilisation de dispositifs d’accompagnement, notamment via l’ADEME.
Ainsi, l’analyse environnementale ne reste pas cantonnée à une démarche réglementaire. Elle s’intègre pleinement au pilotage global de l’entreprise.
Anticiper plutôt que subir
Dans un contexte économique incertain marqué par l’accélération des réglementations climatiques et de durabilité, les exigences des partenaires financiers et des donneurs d’ordre se renforcent. Les clients, quant à eux, s’informent davantage sur l’impact des entreprises.
Dans ce cadre, réaliser un bilan carbone et une analyse de double matérialité permet de passer d’une posture réactive à une démarche proactive.
Le dirigeant identifie les activités les plus exposées, les points de vulnérabilité et les axes d’amélioration valorisables. Par ailleurs, cette démarche facilite le dialogue avec les parties prenantes en apportant des données structurées et compréhensibles.
Un outil accessible aux TPE et PME
Contrairement à certaines idées reçues, le bilan carbone n’est pas réservé aux grandes entreprises. Même une structure de taille modeste peut en tirer un bénéfice stratégique.
D’une part, elle gagne en visibilité sur ses enjeux structurels. D’autre part, elle structure sa réflexion à moyen et long terme.
L’analyse de double matérialité renforce cette démarche en aidant à prioriser les actions. Elle permet d’orienter les ressources vers les enjeux réellement déterminants pour la pérennité de l’activité.
Révéler les enjeux pour mieux piloter son développement
En définitive, le bilan carbone et la double matérialité poursuivent un objectif commun : révéler ce qui compte vraiment.
Ils mettent en lumière les fragilités potentielles ainsi que les opportunités de transformation, d’innovation et d’optimisation des coûts.
Ainsi, ils permettent d’inscrire la performance environnementale au cœur du pilotage stratégique.
De plus en plus d’entreprises intègrent ces analyses dans leur gouvernance afin d’anticiper les évolutions réglementaires et renforcer leur résilience.
Chez Digitabilis, nous accompagnons les dirigeants dans l’exploitation stratégique du bilan carbone et de la double matérialité afin d’en faire un levier de pilotage, de maîtrise des risques et de sécurisation du développement.